Des Vishnouites perdus dans un temple bouddhiste (tibétain), à Bodhgaya, dans le Bihar.
Se raser le crâne est un geste hautement sacré pour les adorateurs de Vishnou, le Dieu Protecteur. Ce sacrifice capillaire est censé représenté la soumission des Hommes à Dieu.
A Varanasi, on coupe les cheveux au bord du Gange
C'est pourquoi, régulièrement, les fidèles offrent à la divinité leurs cheveux Tous leurs cheveux ? Presque. Presque car, à l’arrière du crâne, il est de coutume de laisser une petite touffe, une petite mèche. Ce symbole est, une fois de plus, un signe de docilité envers Vishnou : l’idée est de montrer que Dieu a un contrôle complet sur la vie des Hommes et qu’il peut, quand il le souhaite, les ramener au Ciel, en tirant tout simplement sur leur mèche de cheveux.
Dans certains lieux de grande ferveur religieuse, comme ici sur les bords du Gange, on fait la queue pour raser sa tignasse. Et, dans ces cas-là, pas le temps pour les manières. Les coiffeurs rasent à la chaîne, à l’aide d’un rasoir fraichement aiguisé, sans prendre la peine d’utiliser des ciseaux ou une quelconque crème apaisante. En deux minutes, une chevelure de plusieurs centimètres est réduite à néant.
Pour profiter de l'effervescence du Baba Kharak Singh Marg Market, situé près de Connaught Place, à New Delhi, il faut se lever tôt. Avant même que le soleil n’ait pointé le bout de son nez, l’agitation de ce marché aux fleurs est déjà à son comble. L’explosion de couleurs qu’offrent les jonquilles, les iris, les grappes de jasmin et les milliers de fleurs violettes, jaunes, rouges, bleues ou roses, mérite le coup d’œil – ainsi que le coup de nez, grâce au délicat cocktail d'odeurs florales qui s'en dégage.
Les mines des commerçants et des clients sont sérieuses ; on ne vient pas là pour blaguer. Ici, ça marchande sec. On se presse notamment pour acheter les fleurs indispensables à la puja (prière) quotidienne. Les longues guirlandes de fleurs jaunes et oranges se vendent comme des petits pains. Vers 10 heures, quand les vendeurs remballent leurs étales, un amas de déchets végétaux jonche le sol : le mélange de feuilles de bananier géantes et de pétales de roses éparpillées est du plus bel effet.
Mais, même si on vend des roses à la pelle au Baba Kharak Singh Marg Market, l’atmosphère est en fait loin d’y être rose. Car le marché est hanté. Hanté par des enfants sans enfance, que les passants ne remarquent même plus. Hanté par des toxicomanes hauts comme trois pommes. Ils ont entre 7 ans et 15 ans, et représentent la face sombre des grandes métropoles indiennes. Avec leur regard vide, leur démarche hésitante et robotique, ainsi qu’avec leurs vêtements complètement déchirés, ils ressemblent à des zombis.
Ils ont parfois des parents, mais ne vont pas à l’école et passent leurs journées à errer dans la rue, livrées à eux-mêmes. La drogue est devenue pour eux un échappatoire, dont ils n'arrivent d'ailleurs plus à s'échapper. Du matin au soir, du crépuscule jusqu'à l'aube, ces enfants sont sous l'emprise de la drogue. Ils n’ont besoin que d’une quinzaine de roupies (environ 25 centimes d’euro) pour acheter leur dose. Et, pour cela, pas besoin de transgresser la loi : généralement, ils inhalent du blanc correcteur ou bien de la colle, disponibles légalement dans n’importe quel magasin. Ils s’aident ensuite d’un drap – ce qui leur donne une allure de fantôme - sous lequel ils se glissent, pour ne rien perdre des émanations toxiques. Ces produits, pour nous si communs, sont hautement addictifs et, évidemment, dévastateurs pour la santé, y compris la santé mentale. Les hallucinations provoquées par la drogue et les fièvres dues au manque sont le quotidien de ces enfants.
Baba Kharak Singh Marg Market, ou comment passer en quelques secondes des couleurs chatoyantes d'un marché aux fleurs à la noirceur d'enfances gâchées.