September 29, 2010

Sur la route de Bombay

 Quelque part dans le Maharashtra, à bord du Swaraj Express.


New Delhi Railway Station - Bombay Bandra Terminus. Vingt heures de train. Des couchettes bleues, une épaisse couche de poussière, des vendeurs de chai, le temps qui passe lentement mais agréablement. Et surtout des rencontres surprenantes, voir déroutantes.

Il a la cinquantaine et habite la banlieue de Bombay.
Il se dit choqué par le manque de respect des Indiens pour l'environnement. La pollution qui recouvre le pays le rend triste. Son explication: "c'est parce que les Indiens manquent d'éducation". "Very bad", répète-t-il. Vingt minutes plus tard, tout en bavardant avec passion, il balance par la fenêtre, très discrètement, le goblet en plastique de son thé. "Very bad", j'avais envie de lui dire.
En plus de sa conscience environnementale sans faille, ce brave homme a un autre cheval de bataille: la corruption. Malade de voir son pays gangréné par les baksheeshs, il explique qu'il a beaucoup réfléchi à la façon de lutter contre ce fléau. Avec les yeux pétillants, il raconte qu'il pense détenir "la solution". Pour lui, il suffirait, tout simplement, que "les Etats-Unis, la France, l'Australie et la Grande-Bretagne" forment une coalition militaire, envahissent l'Inde, nettoient la classe politique indienne puis imposent un gouvernement "propre". Plutôt radical, le bonhomme. Mais, monsieur, les Indiens ne seraient-ils pas un peu fâchés d'une telle invasion? "No, no", s'empresse-t-il de répondre. "Ce sera comme en Irak. Au début, ils seront énervés. Puis après, ils seront très heureux". 


September 27, 2010

Les poissons de Jama Masjid

Dans le ciel de Jama Masjid, rôde une drôle d'espèce animale; mi-oiseau, mi-poisson.

Individuellement, ces petits animaux volants n'ont rien d'extraordinaires. La couleur grise de leur plume est triste à mourir, leurs croassements n'ont aucun charme et, avec leur long bec, ils feraient même presque peur.
Pris séparément, les volatiles de Jama Masjid n'ont donc aucun intérêt. Mais, c'est lorsqu'ils sont en groupe que leur vraie nature se révèle. La solitude ne fait d'ailleurs pas parti du mode de vie de ces oiseaux. Leur vie se résume à une chose: leur bande.  C'est en bande qu'ils effraient les enfants jouant dans la cour de la mosquée, c'est en bande qu'ils décollent en provoquant un vacarme infernal, et c'est en bande qu'ils survolent fièrement Old Delhi.

C'est ainsi qu'errent, entre les nuages et les fils électriques, parfois jusqu'à cinq ou six différentes nuées d'oiseaux. Ces multiples bandes volent en rang serré. Les différents groupes se croisent et s'entrecroisent, mais jamais ne se mélangent. On aurait presque l'impression qu'ils se livrent à un jeu de provocation permanent. Une sorte de guerre de gangs à ciel ouvert.

A y regarder de plus près, ces hordes d'oiseaux ressemblent en fait à des bancs de poissons. 
Les volatiles sont regroupés de façon très compacte et forment un ensemble sombre qui se déplace avec une étonnante fluidité. Une fluidité qui rappèle la légèreté du mouvement aquatique des poissons. Mais, c'est surtout la couleur de ces nuées volantes qui  évoque le monde marin: les oiseaux offrent en effet en contrebas la vision de réflets noirs, gris et blancs qui font étrangement penser à des écailles brillants aux soleils. D'où l'impression d'assister à un balais de poissons volants.

Entre bancs de poissons et nuages d'oiseaux, laissez votre imagination choisir pour vous!




September 12, 2010

Rickshaw wallah


-Hello, Kailash Hills! Kitne?                                                [Combien?]
-One hundred fifty rupies bhaia!                                           [150 roupies frère!]
-Kya??? Main gora hoon, lekin main pagal nahin hoon!         [Quoi??? Je suis blanc, mais je ne suis pas                                                                                              fou!]
(âpres négociations)
-Thirty rupies, acchaa?                                                       [30 roupies, ça va?]                          
-Theek hai, theek hai...                                                       [Ok, ok...]

Sourires à la mosquée

Il est 18h ce Vendredi de Ramadan. La lumière du soleil se tarit petit à petit. Dans quelques minutes, les Musulmans réunis à Nizamuddin Dargah pourront enfin briser leur jeûne. 
L'atmosphère est électrique. La faim et la soif commencent à faire tourner les têtes. L'odeur alléchante des samosas n'arrange rien. En ce moment de grande cohésion, les croyants s'échangent des regards compatissants et essaient d'entamer des discussion pour oublier les douleurs d'estomac. Chacun ne peut pourtant s'empêcher de dévorer, du regard seulement pour l'instant, son assiette généreusement garnie de piments frits, biryani et autres dattes.  Ô que l'attente est longue, mais qu'elle est excitante!

Finalement, seuls les plus jeunes semblent décontractés. Ils n'ont pas eu à suivre le roza - le jeûne -  les chanceux! Pour eux, pas de soucis de faim ou de soif, pas d'attente interminable.  Rires et jeux se succèdent sur le marbre mouillé par les pluies de la mousson. Le coeur léger et l'estomac rempli, on peut bien prendre le temps de poser - ou plutôt de s'imposer! - sur quelques photos.



Vert sur ocre

Perroquets à Qutub Minar, Delhi.

L'Inde, c'est le pays du détail. Toujours être aux aguets, toujours être à l'affût. Ce sont les petits riens qui font le tout.

Hare Krishna

ISKCON Temple, New Delhi.

Hare Krishna, Hare Krishna 
Krishna Krishna, Hare Hare
Hare Rama, Hare Rama
Rama Rama, Hare Hare


Imaginez-vous un prêtre qui, tel un CD rayé, marmonne  de façon lancinante la même chanson pendant des heures, sans interruption.
Imaginez-vous des grappes de fidèles qui, par soumission, s'allongent de tout leur corps devant leurs idoles.
Imaginez-vous ces mêmes fidèles, en complète transe, dansant, sautant,  hurlant la gloire de  Lord Krishna.
Et maintenant, imaginez un petit blanc entrainé dans cette chorégraphie frénétique.  Imaginez-le, tout à fait euphorique et un brin ridicule, sautiller, gesticuler, inventer des pas de danse. Imaginez-le partager un moment assez surréaliste avec ces joyeux Hindous.
Si vous arrivez à vous imaginez tout ça, alors vous comprendrez dans quel délire j'étais parti ce soir là.

Agarbaati - Pont de fumée


Pour les Hindous, l'encens tient un rôle bien particulier: il symbolise le lien entre nous, pauvres mortels, et les Dieux . Une sorte de pont de fumée mystique reliant la terre aux cieux.                  
J'aime à imaginer que mes photos et mes mots feront office de bâton d'encens. Mon propre bâton d'encens, non pas intermédiaire entre Dieux et Hommes, mais entre vous et moi.
Ainsi, que brûle mon encens et que vous parvienne ses doux parfums!