Quelque part dans le Maharashtra, à bord du Swaraj Express.
New Delhi Railway Station - Bombay Bandra Terminus. Vingt heures de train. Des couchettes bleues, une épaisse couche de poussière, des vendeurs de chai, le temps qui passe lentement mais agréablement. Et surtout des rencontres surprenantes, voir déroutantes.
Il a la cinquantaine et habite la banlieue de Bombay.
Il se dit choqué par le manque de respect des Indiens pour l'environnement. La pollution qui recouvre le pays le rend triste. Son explication: "c'est parce que les Indiens manquent d'éducation". "Very bad", répète-t-il. Vingt minutes plus tard, tout en bavardant avec passion, il balance par la fenêtre, très discrètement, le goblet en plastique de son thé. "Very bad", j'avais envie de lui dire.
En plus de sa conscience environnementale sans faille, ce brave homme a un autre cheval de bataille: la corruption. Malade de voir son pays gangréné par les baksheeshs, il explique qu'il a beaucoup réfléchi à la façon de lutter contre ce fléau. Avec les yeux pétillants, il raconte qu'il pense détenir "la solution". Pour lui, il suffirait, tout simplement, que "les Etats-Unis, la France, l'Australie et la Grande-Bretagne" forment une coalition militaire, envahissent l'Inde, nettoient la classe politique indienne puis imposent un gouvernement "propre". Plutôt radical, le bonhomme. Mais, monsieur, les Indiens ne seraient-ils pas un peu fâchés d'une telle invasion? "No, no", s'empresse-t-il de répondre. "Ce sera comme en Irak. Au début, ils seront énervés. Puis après, ils seront très heureux".

