
Dans le ciel de Jama Masjid, rôde une drôle d'espèce animale; mi-oiseau, mi-poisson.
Individuellement, ces petits animaux volants n'ont rien d'extraordinaires. La couleur grise de leur plume est triste à mourir, leurs croassements n'ont aucun charme et, avec leur long bec, ils feraient même presque peur.
Pris séparément, les volatiles de Jama Masjid n'ont donc aucun intérêt. Mais, c'est lorsqu'ils sont en groupe que leur vraie nature se révèle. La solitude ne fait d'ailleurs pas parti du mode de vie de ces oiseaux. Leur vie se résume à une chose: leur bande. C'est en bande qu'ils effraient les enfants jouant dans la cour de la mosquée, c'est en bande qu'ils décollent en provoquant un vacarme infernal, et c'est en bande qu'ils survolent fièrement Old Delhi.
C'est ainsi qu'errent, entre les nuages et les fils électriques, parfois jusqu'à cinq ou six différentes nuées d'oiseaux. Ces multiples bandes volent en rang serré. Les différents groupes se croisent et s'entrecroisent, mais jamais ne se mélangent. On aurait presque l'impression qu'ils se livrent à un jeu de provocation permanent. Une sorte de guerre de gangs à ciel ouvert.
A y regarder de plus près, ces hordes d'oiseaux ressemblent en fait à des bancs de poissons.
Les volatiles sont regroupés de façon très compacte et forment un ensemble sombre qui se déplace avec une étonnante fluidité. Une fluidité qui rappèle la légèreté du mouvement aquatique des poissons. Mais, c'est surtout la couleur de ces nuées volantes qui évoque le monde marin: les oiseaux offrent en effet en contrebas la vision de réflets noirs, gris et blancs qui font étrangement penser à des écailles brillants aux soleils. D'où l'impression d'assister à un balais de poissons volants.
Entre bancs de poissons et nuages d'oiseaux, laissez votre imagination choisir pour vous!

